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Contrôle & redressements
Contrôle fiscal dans votre restaurant ? Logiciels de caisse, reconstitution de recettes, points de vigilance et stratégie de défense. Le guide sans détour pour les restaurateurs.

Le contrôle fiscal d'un restaurant, c'est rarement une partie de plaisir. L'administration part du principe que votre secteur est propice aux encaissements occultes. Espèces, tickets non enregistrés, écarts entre achats et ventes : les vérificateurs connaissent tous les schémas et savent où chercher.
La réalité : un restaurant bien tenu, avec une comptabilité rigoureuse et un logiciel de caisse conforme, n'a rien à craindre. Mais si vos dossiers sont approximatifs ou si vous avez pris des libertés avec les déclarations, vous allez passer un mauvais moment.
Les restaurants manipulent beaucoup d'espèces, ont une rotation de stocks importante, fonctionnent avec des marges calculables et génèrent un chiffre d'affaires facilement reconstituable. Pour l'administration fiscale, c'est une cible de choix.
Les statistiques parlent d'elles-mêmes : les contrôles dans la restauration aboutissent à des redressements dans plus de 70% des cas. Les montants moyens sont souvent conséquents, car les méthodes de reconstitution du chiffre d'affaires jouent rarement en faveur du restaurateur.
L'administration dispose d'outils puissants : extraction des données de caisse, recoupements bancaires, calculs de rendement des produits (combien de cafés dans un kilo de grains, combien de verres dans un fût de bière), comparaison avec des ratios sectoriels.
Un contrôle fiscal peut prendre plusieurs formes selon la situation.
Le vérificateur analyse vos documents comptables à distance, sans se déplacer dans votre établissement. Il vous demande d'envoyer votre Fichier des Écritures Comptables (FEC), vos déclarations de TVA, vos relevés bancaires, vos factures d'achats.
C'est le contrôle le moins intrusif, mais il peut déboucher sur des redressements si le vérificateur détecte des incohérences.
Le vérificateur se déplace dans votre restaurant ou chez votre expert-comptable. Il examine physiquement vos documents, extrait les données de votre logiciel de caisse, compte vos stocks, observe votre organisation.
Ce type de contrôle dure généralement plusieurs jours, voire plusieurs semaines. Le vérificateur revient plusieurs fois, pose des questions, demande des documents complémentaires.
Ce contrôle vise le dirigeant personnellement, pas le restaurant. L'administration vérifie la cohérence entre vos revenus déclarés et votre train de vie : achats immobiliers, véhicules, voyages, comptes bancaires.
Si vos dépenses personnelles dépassent largement vos revenus déclarés, le fisc va chercher d'où vient l'argent. Et si vous êtes gérant de restaurant, la première hypothèse sera : encaissements occultes.
Dans certains cas (suspicion de travail dissimulé, fraude organisée), l'administration peut débarquer sans prévenir, accompagnée de la police ou de la gendarmerie. Ce type d'intervention est rare, mais dévastateur pour l'image du restaurant.
Les vérificateurs ne cherchent pas au hasard. Ils savent exactement où regarder.
Depuis 2018, les logiciels de caisse doivent être certifiés et garantir l'inaltérabilité, la sécurisation, la conservation et l'archivage des données. Un logiciel non conforme expose à une amende de 7 500 € par caisse.
Le vérificateur commence par vérifier :
Si votre logiciel permet de supprimer des ventes ou si vous avez désactivé certaines fonctions de sécurité, c'est terminé. Le vérificateur rejettera votre comptabilité et reconstituera votre chiffre d'affaires selon ses propres méthodes.
C'est le cœur du contrôle. Le vérificateur calcule vos marges théoriques et les compare avec vos marges déclarées.
Exemple concret : vous achetez 100 kilos de café en grains dans l'année. Un kilo permet de faire environ 140 cafés. Vous vendez le café 2 €. Vos ventes de café devraient donc être de 100 × 140 × 2 € = 28 000 €.
Si vos ventes déclarées sont de 18 000 €, l'écart est de 10 000 €. Le vérificateur va demander des explications : perte, casse, consommation du personnel, offerts. Si vos justifications ne sont pas solides, il réintégrera les 10 000 € dans votre chiffre d'affaires.
Ce calcul s'applique à tous les produits traçables : bière (fûts), vin (bouteilles), viande (kilos), etc.
Le vérificateur compare vos encaissements déclarés (en espèces et par carte) avec vos dépôts bancaires.
Si vous déclarez 50 000 € d'espèces dans l'année mais que vous ne déposez que 30 000 € à la banque, où sont passés les 20 000 € ? Vous avez payé des fournisseurs en espèces ? Prouvez-le. Vous avez constitué un fonds de caisse ? Justifiez-le.
Les écarts non expliqués sont systématiquement réintégrés au chiffre d'affaires.
Les ventes via les plateformes sont facilement traçables : la plateforme envoie des relevés détaillés, vire les montants nets de commission sur votre compte bancaire.
Le vérificateur vérifie que :
Une erreur fréquente : déclarer uniquement le montant net reçu (après commission) au lieu du montant brut. Résultat : un chiffre d'affaires sous-évalué et un redressement.
Les pourboires ne constituent pas du chiffre d'affaires imposable pour le restaurant, mais ils doivent être tracés et reversés intégralement au personnel.
Le vérificateur vérifie que :
Si les pourboires sont intégrés au chiffre d'affaires ou si vous en conservez une partie, c'est un redressement assuré, avec possibilité de requalification en travail dissimulé.
Un ticket annulé, une erreur de saisie, un plat offert : ces opérations doivent être justifiées et tracées.
Le vérificateur cherche les annulations suspectes : tickets annulés après paiement, séries d'annulations sans justification, offerts excessifs sans motif commercial.
Si vos annulations représentent 15% de votre chiffre d'affaires sans justification solide, le vérificateur réintégrera une partie de ces montants.
La restauration applique deux taux de TVA :
Le vérificateur vérifie que la ventilation est correcte. Une erreur systématique (tout déclarer à 10% alors qu'une partie devrait être à 20%) génère un rappel de TVA.
Un contrôle bien préparé, c'est un contrôle qui se passe bien.
Obtenez l'attestation de conformité auprès de votre éditeur. Assurez-vous que toutes les fonctions de sécurité sont actives : impossibilité de supprimer des tickets, numérotation continue, archivage automatique des données.
Si votre logiciel n'est pas conforme, changez-le avant le contrôle. C'est un investissement qui vous évitera une amende de 7 500 € par caisse et un rejet de comptabilité.
Le vérificateur demandera :
Comptabilité :
Preuves de recettes :
Stocks et achats :
Plateformes et divers :
Organisez ces documents par année et par catégorie. Ne cherchez pas les factures le jour du contrôle.
Avant l'arrivée du vérificateur, faites vos propres calculs :
Cohérence globale : comparez votre chiffre d'affaires déclaré avec vos dépôts bancaires. Les écarts doivent être justifiés (achats en espèces, constitution de fonds de caisse).
Ratios de marge : calculez vos marges sur les produits phares (café, bière, vin). Si elles sont anormalement basses par rapport aux standards du secteur, cherchez pourquoi : perte, casse, vol, erreur de comptabilisation.
Rendement des produits : reconstituez vos ventes à partir de vos achats. Si vous achetez 50 fûts de bière dans l'année, combien de verres cela représente-t-il ? Vos ventes déclarées sont-elles cohérentes ?
Plateformes : rapprochez les montants virés par Uber Eats avec les ventes déclarées. Les écarts doivent être justifiés par les commissions.
Si vous détectez des incohérences, corrigez-les avant le contrôle (régularisation spontanée) ou préparez des explications documentées.
Désignez un interlocuteur unique : vous-même ou votre expert-comptable. Évitez que plusieurs personnes répondent aux questions, cela crée des contradictions.
Prévoyez une salle calme avec accès aux documents et à l'ordinateur (pour extraire les données de caisse si nécessaire).
Soyez courtois mais factuel. Répondez précisément aux questions, sans extrapoler ni donner d'informations non sollicitées.
Notez toutes les demandes du vérificateur, les documents remis, les questions posées, les réponses données. Ce journal vous servira si vous devez contester des points ultérieurement.
Demandez systématiquement une confirmation écrite des demandes orales. Cela évite les malentendus et vous protège en cas de litige.
Certaines erreurs aggravent considérablement la situation.
Le vérificateur n'est pas stupide. Si vous cachez des documents ou donnez de fausses informations, il le découvrira. Et les conséquences seront bien plus lourdes : majoration de 80% pour manœuvres frauduleuses, plainte pénale possible.
Si vous avez commis des erreurs, assumez-les et préparez des explications. C'est toujours moins grave qu'une dissimulation.
N'autorisez jamais le vérificateur à manipuler seul votre système de caisse. Soyez présent (ou votre expert-comptable) lors de l'extraction des données.
Certains vérificateurs cherchent des failles dans le logiciel pour prouver qu'il n'est pas conforme. Ne leur facilitez pas la tâche.
L'administration n'a pas toujours raison. Si vous êtes sûr de votre comptabilité, contestez. Avec des arguments, des pièces justificatives, des calculs alternatifs.
Une reconstitution de chiffre d'affaires basée sur des hypothèses farfelues peut être remise en cause. Un coefficient de marge excessif peut être contesté. Une perte normale de produits peut être justifiée.
Un contrôle fiscal de restaurant, c'est technique. Entre les calculs de rendement, les ratios sectoriels, les règles de TVA, les logiciels de caisse, vous avez besoin d'un professionnel.
Votre expert-comptable doit être présent lors du contrôle. Si le dossier est complexe ou si vous anticipez un gros redressement, ajoutez un avocat fiscaliste.
En cas de redressement, les conséquences peuvent être lourdes.
Le vérificateur réintègre le chiffre d'affaires dissimulé (selon lui) dans vos résultats. Vous devez payer :
Elles s'ajoutent aux rappels d'impôts :
Exemple : un redressement de 50 000 € avec majoration de 40% vous coûte 70 000 € (50 000 + 20 000), plus les intérêts de retard.
En cas de fraude grave, l'administration peut transmettre le dossier au procureur de la République. Vous risquez :
Ce scénario reste rare, mais il existe. Il concerne surtout les cas de fraude organisée, de travail dissimulé massif ou de fausses factures.
Si le contrôle fiscal révèle des dissimulations de chiffre d'affaires, l'URSSAF sera informée. Un contrôle social suivra, avec rappel de cotisations sur les salaires non déclarés ou les primes occultes.
Le cumul contrôle fiscal + contrôle URSSAF peut être dévastateur financièrement.
Après le contrôle, le vérificateur vous envoie une proposition de rectification. C'est le document qui détaille les redressements envisagés.
Vous avez 30 jours pour répondre. C'est votre seule chance de contester avant la mise en recouvrement.
Contestez point par point : pour chaque redressement, exposez vos arguments. Citez les textes de loi, la doctrine administrative, la jurisprudence si nécessaire.
Produisez des preuves : factures, bons de livraison, inventaires, attestations, photos. Plus vous documentez, plus votre argumentation est crédible.
Proposez une reconstitution alternative : si l'administration a utilisé une méthode contestable pour reconstituer votre chiffre d'affaires, proposez votre propre calcul, avec des hypothèses plus réalistes.
Faites relire par un professionnel : un expert-comptable ou un avocat fiscaliste peut identifier les arguments juridiques pertinents et la jurisprudence applicable.
Si le vérificateur maintient sa position après votre réponse :
Le recours hiérarchique : vous pouvez saisir le supérieur du vérificateur (interlocuteur départemental).
La commission des impôts : pour certains litiges (rejet de comptabilité, évaluation de bénéfices), vous pouvez demander l'avis d'une commission mixte.
Le contentieux devant le tribunal : si aucun accord n'est trouvé, vous pouvez saisir le tribunal administratif.
Les pourboires sont un sujet particulièrement surveillé dans la restauration.
Les pourboires versés volontairement par les clients ne constituent pas du chiffre d'affaires du restaurant. Ils appartiennent aux salariés.
Depuis 2022, les pourboires sont exonérés d'impôt sur le revenu et de cotisations sociales (jusqu'à fin 2025) pour les salariés payés moins de 1,6 SMIC et en contact direct avec la clientèle.
Si vous centralisez les pourboires (notamment ceux encaissés par carte bancaire), vous devez :
Conserver une partie des pourboires : c'est du vol et c'est requalifiable en travail dissimulé. Si le vérificateur découvre que vous gardez 20% des pourboires CB "pour frais de gestion", vous allez avoir de gros problèmes.
Ne pas tracer les pourboires CB : les pourboires encaissés par carte sont facilement traçables. Le vérificateur compare les montants TPE avec les montants déclarés. Les écarts non justifiés sont réintégrés au chiffre d'affaires.
Intégrer les pourboires au CA : erreur inverse, mais tout aussi problématique. Si vous déclarez les pourboires comme du chiffre d'affaires, vous payez de la TVA et de l'IS sur de l'argent qui ne vous appartient pas.
Pour chaque mois, vous devez pouvoir présenter :
Sans cette traçabilité, le vérificateur peut requalifier les pourboires en chiffre d'affaires dissimulé.
Le meilleur contrôle fiscal, c'est celui qui ne trouve rien à redire. Et pour cela, il faut travailler proprement au quotidien.
Enregistrez toutes les ventes : chaque ticket, chaque paiement, sans exception. Même les cafés offerts, même les erreurs (à annuler proprement).
Éditez systématiquement les Z de caisse : à la fin de chaque journée, imprimez le ticket Z et archivez-le. C'est la preuve de vos recettes quotidiennes.
Rapprochez la caisse et la banque : chaque semaine, vérifiez que les encaissements caisse correspondent aux dépôts bancaires. Les écarts doivent être justifiés et tracés.
Comptez vos stocks régulièrement : au minimum une fois par an, idéalement tous les trimestres. Un inventaire rigoureux vous permet de vérifier vos marges et de détecter les anomalies (vol, perte, erreur de valorisation).
Valorisez correctement : utilisez le coût d'achat réel, pas une estimation approximative. Conservez toutes les factures fournisseurs.
Documentez les pertes : un fût de bière éventé, une bouteille cassée, de la viande périmée : notez-le dans un registre des pertes. Ces justifications seront précieuses lors du contrôle.
Justifiez les offerts : un plat offert pour fidéliser un client, une bouteille offerte pour un anniversaire : notez le motif. Les offerts excessifs sans justification commerciale sont suspects.
Conservez tous les documents pendant au moins 6 ans :
Organisez vos archives par année et par catégorie. Un dossier bien rangé fait bonne impression et facilite les vérifications.
Formez votre personnel à l'utilisation correcte de la caisse : ne jamais annuler un ticket sans motif, ne jamais encaisser sans ticket, appliquer les bons taux de TVA.
Un salarié mal formé peut faire des erreurs qui vous coûteront cher lors d'un contrôle.
Un contrôle fiscal dans un restaurant, c'est stressant, mais ce n'est pas insurmontable. Si votre comptabilité est tenue rigoureusement, si votre logiciel de caisse est conforme et si vos déclarations reflètent la réalité de votre activité, vous n'avez rien à craindre.
En revanche, si vous avez pris des libertés avec les encaissements, si vos stocks ne correspondent pas à vos achats ou si votre logiciel permet de supprimer des tickets, vous allez subir un redressement. Et il sera probablement conséquent.
L'administration fiscale connaît parfaitement le secteur de la restauration. Elle dispose d'outils puissants pour reconstituer votre chiffre d'affaires. Ne sous-estimez jamais la capacité du vérificateur à détecter les anomalies.
La meilleure stratégie : travailler proprement au quotidien, tenir une comptabilité rigoureuse, investir dans un logiciel conforme, et se faire accompagner par un expert-comptable qui connaît les spécificités de la restauration.
En cas de contrôle, n'improvisez pas. Préparez-vous, rassemblez vos documents, faites-vous assister, et défendez vos positions avec des arguments solides.
HR Associés – Paris & Lyon Expertise comptable et commissariat aux comptes. Nous accompagnons nos clients sur les enjeux qui comptent vraiment.